Annecy 2018, la spirale de l’échec

Affiche et logo officiel d'Annecy 2018/ d.r.
Jean Louis Borloo vient de dire non en termes polis à la proposition de prendre les rênes du comité Annecy 2018 abandonné en décembre par Edgar Grospiron.
Il précise au Journal du Dimanche qu’il n’a pas les disponibilités nécessaires pour mener à bien cette mission…
Qui aura le courage de monter dans ce navire dont la proue s’est enfoncée sous la vague des notes sévères du CIO (Comité International Olympique) en juin 2010 lors du point d’étape intermédiaire d'étude des projets des trois villes candidates ?
Cependant la première interrogation doit porter sur les causes de cette situation regrettable.
Une logique de succès jusqu’en juin 2010
Personne ne pouvez s’imaginer le 1er décembre 2008 que la candidature d’Annecy/ Haute-Savoie pour l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver, présentée par Jean-Luc Rigaut, maire d’Annecy et Christian Monteil, président du Conseil général de la Haute-Savoie se transformerait en chemin de croix. Pourtant ce lancement officiel s’effectuait dans une atmosphère chaleureuse avec le soutien de parrains sportifs et l’appui du monde économique comme la CRCI et la présence remarquée de Franck Riboud.
Jean-Claude Killy apportait toute son expérience. Le modèle économique prenait forme autour d’un club de partenaires comprenant 120 entreprises (comprenant Entremont, Maped, Mobalpa, PBS, Salomon, Somfy, Tefal, Botanic, Evian, ERDF, EGDF, Patriarche TSL et Vuarnet). La CNR se ralliait à son tour au projet Cette dynamique faisait dire en mai 2010 par l’une des chevilles ouvrières du projet, le chef d’entreprise triathlète, Philippe Lebeau : « au delà de l’enjeu sportif et des retombées médiatiques, les JO constitueront un véritable booster pour l’économie, assorti d’un fantastique programme d’aménagement du territoire. Ce sera surtout un grand projet de société, conforme aux valeurs de la région, qui favorisera l’ouverture de notre territoire sur le monde ».
Un optimisme s’appuyant sur le bilan retenu des JO d’Albertville où la fréquentation des stations a progressé de 23 % l’hiver suivant (1993; l’effet a perduré dix ans. Le commentaire de l’association "Impliquons-nous" est à ce titre explicite : « la Savoie s’est forgée une image de qualité à l’échelle internationale et cela a favorisé son développement économique »….
Des conditions sont à remplir. En effet, une forte politique d’aménagement se doit de prendre corps avec notamment une modernisation du réseau ferroviaire d’où une demande d’un « coup d’accélérateur » du projet Lyon-Turin, le désenclavement routier du Chablais. Dernier volet de ce programme, les réseaux de communication (télévision, téléphonie, web haut débit) seront à formater à la dimension de l’événement; ils répondront enfin aux besoins d’une population victime encore de « zones blanches ».
Tout semblait bien avancer.
C’étaient oublier les réserves suscitées par nombre d’habitants.
Les opposants ont mené une contre-offensive durant des mois qui en juin 2010 a vu la présentation à l’un des représentants du CIO (Comité international olympique) d’une pétition de 8500 signatures refusant cette candidature.
Un comité anti-olympique regroupe des associations de protection de l’environnement et des syndicats agricoles soucieux de ne pas voir disparaitre des pâturages et des zones naturelles
Mais le doute et l'inquiétude sont arrivés lorsque le CIO a fait connaître son analyse e ses premières notes sur les dossiers présentés par les trois villes en lice (Munich, Pyeongchang et Annecy) toujours en ce fatidique mois de juin.
Annecy décroche les notes les plus basses dans plusieurs domaines comme les infrastructures, les sites sportifs, les effets sur l’environnement, les transports et surprise sur le soutien du gouvernement, les questions juridiques et l’opinion publique…
La copie est à revoir et dans l’urgence car la décision finale sera prise en juillet 2011.
Aussitôt, le comité anti-Olympique demande le retrait de la candidature : « Annecy 2018 : arrêtez les frais ! La candidature d’Annecy pour les Jeux Olympiques d’Hiver de 2018 vient de subir un camouflet historique ».
Recréer une dynamique
Les partisans ne baissent pas les bras et reprennent leurs études; durant l’été 2010 ils vont travailler sur les points faibles soulevés par le CIO. Ils vont "resserrer" les projets autour de deux pôles Annecy/Aravis et Chamonix/Mont Blanc. Ils répondent ainsi aux trois interrogations sur les équipements, les déplacements et surtout la préservation de l’environnement.
Tout semble repartir avec la désignation en octobre 2010 comme directeur-général du comité Annecy 2018, du champion olympique Edgard Grospiron qui n’hésite pas à déclarer : « nous sommes revenus dans la course avec un dossier compétitif ».
Des propos prononcés dix semaines avant sa démission…
Toujours en octobre 2010, la Région confirme son soutien. Les débats internes de la majorité régionale ont abouti à une position unanime de l’exécutif régional appuyant un projet qui « doit conjuguer la dimension sportive, grâce à des sites reconnus pour l’accueil des compétitions internationales et les exigences de préservation de l’environnement ».
L’emblématique conseiller régional délégué aux sports, Gwendal Peizerat, n’hésite pas dire : "les Jeux d’Annecy 2018 marqueront une nouvelle étape pour relever les défis de l’environnement et promouvoir un nouveau modèle pour la montagne au XXIe siècle".
La démission d’Edgard Grospiron n’a pas fait modifier la position de la Région puisque lors de sa visite en Haute Savoie le 22 décembre dernier, Jean Jack Queyranne se montre clair :Annecy 2018 doit rassembler toutes les forces de Rhône-Alpes. Le Conseil régional est pleinement engagé, sans réserve et avec la volonté de convaincre le Comité International Olympique en juillet prochain à Durban. »
Une Région fidèle à ses engagements sportifs puisque pour la seule année 2011, elle sera partenaire de 20 compétitions de sport d’hiver.
Son message politique est simple : la Région a tout mis en œuvre pour faire gagner Annecy.
Quid des autres?
Dans le contexte d'incertitude avec la démission médiatisée d'E. Grospiron, le Chef de l'Etat a témoigné de son soutien en recevant les membres du comité en décembre et il a fait savoir par son conseiller élyséen en charge du dossier, Sophie Dion, qu'il apportait sa garantie aux engagements financiers de l'Etat.
Pour ceux qui se souviennent de la mobilisation suscitée par la candidature d’Albertville, l’écho avait largement dépassé les frontières du pays de Savoie. De Lyon mais surtout de Paris, les soutiens s’exprimaient. Annecy 2018 n’a pas provoqué d’enthousiasme particulier.
Certes, les infrastructures routières et ferroviaires nécessaires demandent un engagement de l’état et des collectivités territoriales mais ils manquent une expression public forte, une démonstration collective de l'adhésion suscitée.
Seul, il reste bien seul, le député européen Modem, Jean-Luc Benhamias en apportant son soutien à la candidature d'Annecy: » les principaux atouts d'Annecy et de Chamonix, ce sont les gens qui y vivent et les infrastructures qui existent déjà. La récompense d'un travail, le mérite d'une passion et d'un mode de vie en adéquation avec un milieu naturel. » .
Il est à noter l'engagement de la ville de Genève pour la candidature savoyarde. Un geste qui devrait compter lors de la prochaine visite du CIO en février.
Le souffle de la défaite plane et il ne s’agira pas d’un échec touchant uniquement le comité Annecy/Haute Savoie. Les défaites des candidatures françaises à l’organisation des JO se multiplient. C’est une image bien terne que l’on donne de la capacité à maîtriser des grands événements internationaux.
Pour les Alpes françaises, une opportunité de retombées économiques durables risque d’être ratée et ce, pour une longue période alors qu’il a lieu de repenser le modèle de croissance des stations sur des objectifs environnementaux et énergétiques durables. L’effet se fera ressentir également dans la construction d’une logique économique à l’échelle du massif alpin entre les régions françaises et italiennes d’Alpmed.
Difficile de croire que cette spirale de l’échec puisse être inversée dans un délai aussi court de six mois.
Yves Espaignet
yves.espaignet@wanadoo.fr
(version actualisée le 2 janvier à 23 heures)






