GAZ de SCHISTE / Contestation et premier site découvert par Total



Les secteurs de recherche en Rhône-Alpes / d.r.

Nouvelle polémique sur un sujet complexe, celui des gaz de schistes. La municipalité ardéchoise de Villeneuve-de-Berg a rejoint celle d’un autre village des Cévennes Sainte-Eulalie-de-Cernon(Aveyron) pour refuser les chantiers de forage sur son territoire recherchant le gaz de schiste. La protestation s’étend et les collectivités dirigées par des socialistes (département de l’Ardèche, Région Rhône-Alpes) affirment leur désaccord aux autorisations données par l’ancien ministre de l’écologie et de l’énergie, Jean-Louis Borloo. Elles étaient précédées dans ce front du refus par Corinne Lepage (Cap 21) et le médiatique José Bové qui propose une alliance avec les mouvements québécois demandant un moratoire sur l’ensemble du Canada.

Les enjeux économiques sont considérables au regard des estimations faites sur l’ensemble des continents de ses gaz piégés dans les feuillets des roches schisteuses ; mais les techniques d’extraction coûteuses ont des conséquences non encore mesurées sur l’environnement tant en surface qu’en profondeur. S’ajoute à cette question non tranchée une dimension plus particulière car les spécialistes maîtres de ces techniques sont des sociétés américaines comme la compagnie Halliburton qui soulève des oppositions d’ONG et de mouvements écologistes en raison notamment de ses actions en Irak. Si les compagnies françaises veulent se lancer dans cette voie, elles devront aujourd’hui utiliser des brevets techniques américains.

Des enjeux géostratégiques

La hausse du prix du gaz depuis 2003 autorise désormais l’extraction de ressources dites non conventionnelles ( des gaz non plus en gisement mais diffus dans les roches) ; les USA se sont lancés les premiers dans cette voie car leurs potentialités d’extraction sont considérables dans les socles anciens de leur continent. Des moyens considérables ont été déployés à partir de 2008 avec la participation des compagnies pétrolières. L’institut français du pétrole estime que la proportion de gaz de schistes produite en 2030 représentera 25% des besoins énergétiques des USA, lui permettant d’être auto-suffisant. Ces gaz représentent aujourd’hui 12% de sa production
Les réserves sur le continent européen sont estimés à plus de 3000 milliards de m3 et certaines analyses montent ce niveau à 12000 milliards (notamment en Pologne, en Ukraine et en France); l’IFP est engagé dans une mission d’estimation au sein d’un groupement international comprenant notamment Total et GDF Suez.
Ainsi s’explique la décision ministérielle prise le 30 mai 2010 d’autoriser des forages de recherche, appliquant la technique d’extraction par eau comprimée sur une zone de près de 10000 km2 s’étendant de la Drôme (région de Montélimar) à l’Hérault (région de Montpellier), couvrant des secteurs de l’Ardèche méridionale, des Cévennes (notamment dans le parc naturel), de la Lozère et de l’Aveyron.
Trois secteurs ont été délimités attribués chacun à une compagnie (Total, GDF Suez et le texan Schuepbach energy).
Rien aujourd’hui permet d’affirmer la rentabilité de cette extraction en raison même de la disposition des secteurs, certains sont fortement peuplés,d'autres au contraire sont isolés mais ne possédent par les réserves d’eau indispensables aux méthodes d’extraction.

Les effets dénoncés sont multiples

L’arme médiatique est la meilleure… Les écologistes en ont plusieurs : des paysages "mités" par les forages proches (500 m d’écart), un robinet d’une cuisine d’un riverain d’un forage s’enflammant comme une mini torchère… Elles sont loin d’être les seules.
La technique d’extraction demande d’agir sur une couche de roche schisteuse dite cible par un forage horizontale où des volumes d’eau sous pression vont fragmenter les feuillets schisteux et permettre la remontée des gaz avec l’eau. Cette technique de la fragmentation hydraulique demande plus de 10 millions de litres d’eau pour chaque opération. Des nappes phréatiques peuvent être contaminées notamment par les ajouts chimiques employés (antibactériens, anticorrosifs). Il faut imaginer l’intensité des transports routiers pour amener l’eau et ramener le gaz extrait vers des installations de stockage.
Le gaz de schiste est-il définitivement à écarter ? Les positions radicales se développent rapidement surtout chez les tenants de l’arrêt des énergies fossiles. Il est certain que les techniques américaines font s’interroger sur le bien fondé d’une telle ressource. Il y a lieu de mesurer les impacts sur l’environnement et trouver des méthodes moins traumatisantes. Lesquelles ? Les acteurs français sont en retard dans ce domaine.
Alors souhaitons qu’un débat public s’ouvre dans le respect du devoir d’information que chaque citoyen se doit de bénéficier car le débat sur les nanotechnologies a vu des manifestations des adversaires de ces procédés qui n’a pas permis les échanges espérés pour se faire son opinion.

Yves Espaignet
yves.espaignet@wanadoo.fr

Total a identifié un site « à haut potentiel »

Le groupe français ne dissimule pas sa volonté de trouver un autre partenaire après le désengagement de l’américain Devon, spécialiste de l’extraction des gaz de schistes. Sur le secteur où il a obtenu des autorisations de mener des recherches par forage, Total annonce avoir repérer (terme moins précis que trouver) un site dans le secteur de la vallée du Rhône proche de Montélimar. Il rend public cette information en ne dissimulant pas dans une note économique citée par le journal Les Echos qu’il serait prêt à une « offre d’entrée » à hauteur de 50% sur son permis d’exploration. Et de souligner que ce secteur serait susceptible de contenir des ressources de plus de 2300 milliards de mètres cubes de gaz. En appliquant le taux de récupération le plus haut obtenu aux USA, 40%), il serait possible d’extraire 950 milliards de mètres cubes, « soit 21 fois la consommation annuelle de gaz en France" rappelle le quotidien. D’autres experts du groupe se montrent plus prudents. L’effet d’annonce est double car il témoigne d’un intérêt stratégique potentiel et de la prudence de Total qui tient à s’associer avec un partenaire maîtrisant un savoir faire que le groupe ne détient pas encore.

Y.E.

NDLR / ce sujet demande un suivi permanent aussi n’hésitez à communiquer vos infos à l’adresse mail indiquée