PORTRAIT / Philippe Grillot "le Boss" de la CCI de Lyon



Philippe Grillot, président de la CCI de Lyon / Jean Raynal

Pour mieux le comprendre penchons nous sur ces déclarations, nombreuses déclarations, car Philippe Grillot ne fuit pas le monde de la presse.
En décembre dernier, à quelques jours des élections à la CCI, il explique sa candidature ainsi au magazine RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) :
- « en tant qu’entrepreneur, (PDG créateur d’EM2S) je sais combien les dirigeants de notre métropole attendent que l’on valorise son attractivité, son rayonnement, et sa pérennité.
- en tant qu’ancien Président du tribunal de commerce, j’ai été l’interlocuteur de femmes et d’hommes passionnés dont j’ai vu grandir - et pour certains renaître, les projets. Je connais leur immense potentiel, mais j’ai aussi conscience de leurs inquiétudes en cette période de crise.
- enfin, parce que mon expérience à la tête de TLF et du GITL, en matière de représentation et de négociation, m’a fait prendre conscience du fait qu’une volonté d’affirmation collective permettait d’interpeller les pouvoirs publics quant aux difficultés et aux aspirations de nos entreprises. »
« Propos de campagne électorale », dirons les sceptiques ; alors regardons son parcours !

Un parcours ne laissant pas de place au temps libre

En voici les principales étapes :

1972/ Brevet en poche, il entre dans la vie active comme coursier chez les transports
Gondrand à Dijon.
Formation sur le tas, le soir avec ses collègues, il apprend. Ces cours du soir ne seront pas les derniers puisqu'il se rendra aussi à la fac de droit, dans un cursus réservé aux non-bacheliers. Il bénéficie de l’attention du chef d’entreprise et devient rapidement directeur d’agence à Châlon et Lyon

1982/ Création de son entreprises EM2S à Saint-Romain-de-Jalionnas (38).
Framatome exprime des besoins pour le transport de produits et matériels dans le cadre de la maintenance des centrales nucléaires . Philippe Grillot veut y répondre mais : «mes patrons n'ont pas voulu suivre. Avec leur accord, je suis parti pour créer EM2S, en région lyonnaise.».
Il développe de façon spectaculaire son entreprise et en fait un groupe spécialisé dans les transports à haute technicité. Aujourd’hui il se prépare à la transmission : «Je ne vendrai pas au mieux disant. Je céderai à celui qui comprendra le mieux l'entreprise et respectera le personnel» (source magazine RSE décembre 2010)
1990/ Parallélement à la conduite de son entreprise, il devient Vice-président national du Centre des jeunes dirigeants. Mouvement dont il est membre depuis 76
«C'est la meilleure école de formation pour les dirigeants » affirme-t-il au Journal de l’entreprise en mars 2010. : « Nous y confrontons nos problèmes d'entrepreneurs mais apprenons aussi à véhiculer des valeurs humaines et sociétales.»

De 2004 à 2008/ Il asure la Présidence du Tribunal de Commerce de Lyon.
C’est là qui obtient son diplôme de « docteur es entreprises » avec mention décernée par le monde économique lyonnais.
Sa « thèse » porte sur « la prévention en amont » ce qu’il explique au magazine avocats&droits en mars 2006 : « Il faut démystifier le rôle du juge du Tribunal de Commerce en robe noire délivrant des permis d’inhumer aux entreprises moribondes.
Le chef d’entreprise en difficulté est un homme responsabilisé et il doit le rester. »

De 2008 à 2011/ Pas de répit, rien faire lui serait insupportable. Il quitte le Trbunal de Commerce pour prendre la présidence de Transport et logistique de France.

Février 2010/ Il assure également la présidence d'un groupe de travail sur le financement des PME, mission confiée par Bruno Lacroix, président du Conseil économique et social Rhône-Alpes.

Décembre 2010/ Election à la CCI de Lyon à la tête de la liste CGPME puis à la présidence de la Chambre
Dans une campagne électorale dont on ne peut ignorer «la chaleur », il n’hésite pas déclarer : « il y a une disproportion entre le combat qui est mené actuellement et la responsabilité de président d’une CCI ».
Commentaire du site Agoravox : « cet homme est discret mais visiblement sûr de lui ; il agace Laurence Parisot. »
Son premier geste est celui de l’ouverture : il rassemble le monde économique lyonnais en ouvrant le bureau de la CCI aux anciens adversaires du MEDEF.

Sera-t-il un président privilégiant le consensus à tout prix, au risque de tomber dans l’immobilisme ? La réponse se trouve dans son actuelle présidence de TLF

TLF est l’un de deux principaux acteurs patronaux du secteur transport routier de marchandises. Lors de la grève des conducteurs de décembre 2009, la situation se tend car l’Hexagone connait des blocages des approvisionnements énegétique dans toutes les régions et le spectre d’une crise économique et commerciale pèse sur le gouvernement. La solution vient de TLF qui signe un accord sur les salaires alors que la FNTR s’y refuse. La signature est conditionnée par l’ouverture des Etats généraux du transport ce que le ministre Dominique Bussereau accepte.

Pourquoi parlez de cela aujourd’hui ? Tout simplement parce que ce dossier constitue l’actualité de Philippe Grillot. Elu à la CCI il tient à terminer l’action engagée. Quitte à recevoir encore des coups.
Les Etats généraux ambitionnent de rendre compétitif un domaine soumis à une dure concurrence européenne et vise notamment à privilégier le ferroutage ; ils se déroulent tout au long de 2010. La question est de déterminer si l’accord TLF a pénalisé l’activité du secteur comme le pensent ses adversaires ?
En 2010 l’activité peine à repartir. Il est sur le grill. Ce qui fera un titre de presse d’un magazine lyonnais qui annonce également le départ d’un des groupes leaders de son syndicat. Lui vient de mettre de l’ordre dans sa formation. Exit le délégué général avec pour commentaire : « c’est le Président de TLF qui gouverne et non le Délégué Général. »

Il ne recule pas et poursuit ses négociations.
En décembre dernier les rumeurs reprennent en conclusion de la « campagne électorale pour la CCI», la sérieuse Lettre A annonce son départ. Il réplique : « je n'ai pas été débarqué de TLF, ce serait la première fois que j'aurais été débarqué de quelque part ».
Effectivement, il voit son mandat être prolongé pour terminer les Etats généraux (la conclusion arrive en mars prochain). Il ne veut pas que les choses trainent. Début février, il fustige le comportement du nouveau secrétaire d’état aux transports : "l'intérêt que porte le ministre à notre secteur est inqualifiable. Il nous mène en bateau depuis deux mois. On voit bien qu'il est sous l'influence de la FNTR. »
Ce qui lui vaut d’une réplique du bouillonnant Thierry Mariani mais le dossier ira à sa bien à sa conclusion. Philippe Grillot veut voir respecter les priorités de ces rencontres, priorités portant sur la restauration du dialogue social avec une refonte de la convention collective de branche complètement obsolète, sur la formation professionnelle et l'attractivité des métiers impliquant la modernisation des entreprises. Ils estiment que ces mesures conditionnent la survie du secteur.

Dans ce combat le président de TLF gagne un nouveau titre. Il est devenu « le BOSS », surnom donné par les syndicats salariés.
La réponse à l’interrogation précédente est claire. Il est de ceux qui ne changent pas de cap.

Le « Boss » est désormais à la tête de la CCI.

Yves Espaignet