REPERE / L’audace calculée de Gérard Collomb

Gérard Collomb défend une vision social-réformiste /d.r.
La publication du dernier livre de Gérard Collomb a suscité des commentaires sur l’objectif de sa démarche. Certains ont vu un pas franchi en direction d’une candidature aux Présidentielles, d’autres la confirmation de son rejet de la ligne défendue par la Première Secrétaire du PS, Martine Aubry. Rien ne peut infirmer ces analyses, surtout dans le tourbillon politique découlant de ces élections cantonales, si locales et désuètes à première vue.
Gérard Collomb a eu le mérite (difficilement contestable) d’avoir défini sa voie avant ce rendez-vous politique en s’appuyant sur des orientations claires. La force de l’écrit !
Pour rassurer, ses amis socialistes, il montre dans essai sa préoccupation d’assumer et de s’appuyer sur l’héritage du socialisme français, sur ses valeurs mais il fuit le dogmatisme idéologique d’un PS éternellement soucieux de son aile gauche. Pour lui, la gauche réformiste est empreinte de modernité dans son analyse de la société française, de la place de la France dans le monde et l’évolution économique mondialisée.
Résumer sa position en quelques lignes est un exercice délicat d’autant plus que chaque thème du livre a été travaillé afin d’éviter plus les procès en sorcellerie de ses amis de toujours que les critiques de ses adversaires...
Aujourd’hui, il établit le constat que les états-continents s’imposent dans cette donne économique planétaire, une France restreinte au seul concept de l’état-nation sera vite distancée aussi la réponse ne peut qu’être européenne. Certes l’Europe se doit de répondre aux aspirations des peuples, les protéger socialement. Dans le même temps, la pensée globale doit s’accompagner d’une action locale.
Agir à l’échelle de l’Homme, dans son quotidien, dans sa ville.
Le débat est lancé et il verra des avis contraires s’exprimer notamment sur le rôle de l’état-nation. Le scepticisme à l’égard de l’Europe, non pas sur la question de l’Union mais sur celles de son fonctionnement et de ses priorités n’a cessé de se renforcer. Gérard Collomb ne l’ignore pas mais pas question pour lui de taire sa conviction en faveur d’un fédéralisme européen s’appuyant sur l’axe franco-allemand.
Si l’utopie dans sa dimension noble se trouve au cœur de cette réflexion, il se montre au contraire d’un pragmatisme déterminé dans sa vision de l’entreprise. Il met un terme au tabou d’une gauche qui ne la vit que comme un lieu d’exploitation. Pas de redistribution sans création de richesse… Gérard Collomb défend l’entreprise comme un élément déterminant de la société. Attention, il associe cette vision d’une logique sociale où l’entreprise se doit d’être un lieu de créativité et d’innovation. Cette logique amène des comportements managériaux où la personne tient toute sa place au sein de l’entreprise. Ce n’est plus un simple outil productif, elle a pour obligation de développer des valeurs.
En cela, le discours est novateur pour un élu de gauche car l’entreprise est la pierre angulaire d’une économie à épauler pour relancer une croissance indispensable à toute politique sociale.
La critique se portera sur le fait qu’il pose des principes mais ne développe pas dans son essai les mesures techniques pour parvenir à faire de l’innovation le catalyseur du développement économique. Si ce n’est pas une volonté politique de l’Etat, un Etat surveillé par Bruxelles, qui ne peut enfreindre les règles fixant la concurrence.
Enfin, Gérard Collomb n’évite pas la question de la recomposition politique. Dans conclusion, il dessine les contours d’une nouvelle majorité, une large majorité indispensable pour mener les réformes. Elle regroupe les socialistes, les écologistes, les centristes et les gaullistes sociaux !
Voilà qui ne manquera pas de susciter des commentaires mais Gérard Collomb n’entend pas fuir les « sujets qui fâchent ». Les socialistes français ont toujours tenu à se distinguer des sociaux-démocrates nord-européens, ils auront à réfléchir sur le social-réformisme développé dans cet essai.
Si la France s’éveillait chez Plon Collection Tribune libre
Yves Espaignet
yves.espaignet@wanadoo.fr






