TRIBUNE LIBRE / Yves Cotten: "Développement durable et Nouvelle pensée politique"



Développement Durable, derrière ces deux mots se cachent une diversité de points de vue et d’intentions qui rendent finalement le concept inopérant politiquement quand il s’agit de tracer un avenir meilleur pour l’humanité.
Conçu idéalement pour harmoniser dans le temps l’activité économique et l’environnement
Plus le temps passe et plus on comprend que le « Développement Durable » est une idée en trompe l’œil qui ne cherchant pas à tourner la page historique du capitalisme et du libéralisme détourne l’attention des vrais nécessités politiques du temps que nous vivons au profit essentiel des acteurs économiques du marché et de leur cohorte de spéculateurs.

Tandis que la moitié des humains vivent dans un dénuement absolu, un autre tiers consomme la moitié des richesses de la planète et le reste vit dans une opulence indécente (sans même parler du dernier 1% qui accumule de manière criminelle ) , depuis trois décennies le réchauffement climatique est le moteur intellectuel de cette route pavée de bonnes intention qu’est le Développement Durable et la lutte pour l’environnement ; pour faire court il faudrait mettre en place une nouvelle industrie planétaire pour empêcher la terre de se réchauffer.
Ne s’agit il pas là de la plus grande arnaque marketing de tous les temps ?

Dans le même temps la société humaine toute entière a été gagnée par la loi du Marché, le libre échangisme et la religion de l’argent dieu, l’économie ultra libérale et génétiquement inégalitaire du capital.

Alors vraiment, si le concept de Développement Durable ne remet pas en cause cette mécanique infernale c’est un leurre pour détourner l’intelligence du progrès social et humain !

Liberté Egalité Fraternité ou êtes vous ?

Dans sa réalité crue notre monde s’est donné aux marchands et aux spéculateurs,

Revenons en quelques mots sur cette réalité du monde tel qu’il est, quelques données suffisant à fixer les bases d’une réflexion qui concerne les réels problèmes du moment :

- En 2011 l’homme le plus riche du monde, un mexicain, possède 74 Milliards de dollars
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- En 2011 le Français le plus riche (Bernard Arnault), possède 41 Milliards de dollars

- 1% des hommes (les plus riches de la planète) gagnent chaque année autant d’argent que 60% des humains (les plus pauvres) et possèdent 40% de la richesse mondiale (source UNU-WIDER étude de la répartition mondiale du patrimoine des ménages décembre 2006)

- Le patrimoine privé des 8 millions de Millionnaires en dollar en 2010 s’élève à plus de 30 000 Milliards de dollars
- En France les 5% les plus fortunés disposent d’un tiers de l’ensemble des richesses du pays les 50% les moins fortunés en possèdent 7% (source Observatoire des inégalités 7 juin 2007)
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- L’espérance de vie dans le monde est de 65,82 ans avec en France une moyenne de 80,87 ans et en Afrique de l’ordre de 43 ans (source CIA World Factbook 2007)

- Les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 37 % en 2010 et avaient atteint 1531 Milliards de dollars en 2009 (source Le Monde /AFP juin 2010)

- La dette extérieure des 122 pays dits du tiers monde est de plus de 2600 Milliards de dollars en 2010

- La part dans le commerce mondial des 42 pays les plus pauvres est de moins de 0,5%

- 15 millions d’humains meurent chaque année de maladies curables faute de moyens pour mettre en œuvre les soins mis au point par la médecine. Tandis que la mortalité due à la sous alimentation représente 58% de la mortalité totale (2006 Jean Ziegler Rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’ONU)

- Près d’1 Milliard d’êtres humains souffrent de sous alimentation permanente et chronique.

- plus de 2 Milliards d’êtres humains végètent dans un dénuement total avec moins de 1 dollar par jour pour vivre

- La moitié la moins riche de la population mondiale possède 1% de la richesse

- Dans son rapport annuel de 2004 le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) estimait qu’une dépense annuelle de 80 Milliards de dollars sur une période de 10 ans permettrait de garantir à tout être humain l’accès à l’éducation de base, aux soins de santé de base, à une nourriture adéquate ,à l’eau potable et à des infrastructures sanitaires ainsi que pour toutes les femmes l’accès aux soins de gynécologie et d’obstétrique…..
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- Selon la FAO (Food and Agriculture Organisation) environ 13 millions d’hectares de forêt disparaissent annuellement sur la terre, équivalant à 86% du foret Français

- Les ressources de la planète sont dans une très large mesure entamées et pour exemple des substances stratégiques telles que des métaux, et les « Terres Rares » ont atteint à la fin de la décennie 2010 leur maximum historique et définitif de production mondiale (cuivre, argent, chrome, gallium, or, titane, ….)

- L’énergie fossile suit le même chemin l’AIE (Agence Internationale de l’Energie) ayant finalement reconnu dans son rapport annuel 2010 que avec 70 mb/J (millions de barils par jours) le maximum de production planétaire du pétrole (Peak Oil) a été atteint en 2006 et ne pourras plus jamais être dépassé, ceci expliquant dans une large mesure la dérive spéculative ayant conduit à quadrupler le prix du baril en 6 ans.

- Un groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, affirme que le réchauffement climatique est très probablement d’origine humaine, et que la température du globe est susceptible d’augmenter de 1,1 à 6,4°C supplémentaire au cours du XXIe siècle.

Au-delà de l’indignation et de la révolte qui nous submerge à la lecture de ces quelques données très factuelles, on prend conscience avec le recul que le bouleversement climatique n’est qu’un élément potentiellement aggravant d’une condition humaine déjà rendue dramatiquement injuste et inégalitaire du fait d’un système économique devenu totalitaire au sens littéral du terme.

Par ailleurs, indépendamment du réchauffement climatique de la planète qui est constaté, l’imminence historique de la limite de production maximum des ressources naturelles, et en particulier des énergies fossiles est une réalité bien plus difficile à surmonter car elle va impérativement nécessiter un changement de paradigme économique, politique et social.

Le développement durable dont les hommes ont besoins n’est donc pas une adaptation économique et industrielle pour réduire drastiquement la production de gaz à effet de serre en vue d’empêcher la terre de se réchauffer (d’ailleurs imaginons ce que cela serait si à l’inverse la planète venait à ce refroidir !)….
Le développement durable dont les hommes ont besoins c’est une nouvelle société plus juste, égalitaire et fraternelle qui permette de viser le bien être sans la consommation, de conjurer les échéances dramatiques de la surproduction issue du monde marchand, et en résumé de vivre ensemble en bonne santé dans un monde préservé et équitable.

Il s’agit donc d’un chantier politique avant d’être écologique, une Nouvelle Pensée Politique.

Une Nouvelle Pensée Politique doit émerger
Les dogmes doivent tomber

Un projet de société doit voir le jour dans le cadre d’une nouvelle pensée politique qui permette de surmonter les étiquetages et les dogmes pour forger une démarche qui dans sa phase concrète devra résoudre les immenses conflits d’intérêts entre les masses qui aspirent à cette nouvelle société et les castes oligarchiques qui accumulent actuellement pour leur seul profit les richesses de la terre.

Libérer la pensée du carcan des dogmes et des idéologies dominantes est le premier pas obligatoire pour construire un projet qui réponde aux exigences de nos valeurs humaines.

La nouvelle pensée politique devra briser des dogmes aujourd’hui encrés profondément dans les esprits par une communication manipulatoire savamment entretenue ces dernières décennies.

Le dogme du Marché supposé autorégulateur est la pierre angulaire idéologique des libéraux et ultra libéraux .Si il est effectif que la concurrence permet de stimuler la créativité, la productivité et la compétitivité, il est aussi indubitable que la loi de l’offre et de la demande laissée a sa dérive engendre la rareté organisée, la spéculation, l’inégalité et stimule la cupidité des hommes.
La nouvelle pensée politique devra considérer que l’empire marchand doit impérativement être réduit puis confiné a certains secteurs non vitaux pour l’humanité .C’est la seule façon d’espérer développer durablement l’humain dans un milieu aux ressources finies.

Le Dogme de la Croissance (comprendre croissance de la production et des biens matériels), érigé en technique principale d’équilibre financier des comptes des entreprises, de la nation et de la planète, il suggère l’infinitude des ressources, la primauté de la consommation sur le bien être et la spiritualité
Il justifie l’accaparement permanent des ressources naturelles par ceux qui produisent et possèdent déjà.
Il est l’argument de tous ceux qui n’ont aucune alternative véritable à proposer (Il faut relancer la croissance, pour réduire le chômage, enrailler la crise financière, etc.…..)
La nouvelle pensée politique devra changer les critères de gestion et mettre en chantier la primauté des indicateurs de bien être humain sur les indicateurs de production et de rentabilité.
Croître ne sera plus un objectif, se développer socialement sera l’objectif, la civilisation de l’humain devra dépasser la civilisation du produit.

Le dogme du libre échange, qui prolonge de manière pernicieuse plusieurs siècles d’esclavagisme en associant la loi du marché et la liberté de circulation des biens mais sans l’égalité des droits sociaux. Un principe bien pratique pour faire travailler deux milliards d’êtres humains quasi esclaves et vendre avec une « bonne marge » de négociant les produits aux plus riches à l’autre bout de la planète.
La nouvelle pensée politique devra proposer une économie locale, sociale et solidaire en alternative au marchandage du travail humain érigé à ce jour en élément principal de création de richesse pour les marchands. Le territoire national, puis Européen devra être un lieu qui protège résolument et efficacement son économie et son industrie de cette concurrence injuste.

Le dogme de la mondialisation, qui fonctionne idéologiquement comme un système de verrouillage et de cliquet anti retour, le système devenu planétaire serait impossible à changer, comme ayant acquis un état définitif du à sa propre masse critique.
L’expérience récente des pays d’Amérique latine montre que les peuples sont capables de changer la donne y compris sur le plan de l’économie.
La nouvelle pensée politique devra trouver les voies de la différence en mettant en œuvre un nouveau modèle de société et d’économie. Le confinement des secteurs soumis au marché et au libre échange combiné au développement d’une économie sociale et solidaire et au développement volontariste des services publics est à n’en pas douter un axe de réflexion pour s’émanciper du totalitarisme économique ambiant. De nouveaux critères et de nouvelles règles devront faire loi sur notre territoire pour nous permettre d’avancer sans attendre, la solidarité et la coopération devront remplacer la concurrence dans les rapports internationaux.

La nouvelle pensée politique mettra en avant le développement durable des valeurs humaines dans une civilisation nouvelle surmontant l’impasse mercantile de la société actuelle.
C’est un chantier intellectuel qui doit dès maintenant associer toutes les couches sociales et toutes les profondeurs de la pensée (de la théorie à la pratique) pour bâtir une vision à long, moyen et court terme.
Bâtir un projet de société et le cheminement qui permet de le mettre en œuvre pas à pas, étapes après étapes mais de manière certaine voilà donc l’enjeu politique de la décennie que nous vivons.

Générer l’impulsion Politique

Comment créer l’impulsion qui mettra en mouvement les énergies citoyennes ?

Tout d’abord, il faut engager une démarche politique indépendante du calendrier aliénant des consultations électorales qui depuis plusieurs décennies ont littéralement lobotomisé les partis politiques, réduisant l’essentiel des citoyens engagés politiquement au rang de groupies de tel ou tel candidat pour qui à la fin le seul programme est de se faire élire ou réélire.
Ainsi l’unité de temps politique ramenée à la seule durée du « mandat » est devenue peu a peu le seul horizon temporel des partis alors que nous voulons penser une société durable pour nos enfants et petits enfants.
De plus en se démarquant des échéances électorales nous rassembleront des citoyens qui auront moins d’arrières pensées et dont la sincérité sera plus évidente. La Nouvelle Pensée Politique n’aura pas pour objectif de se faire élire, elle devra gouverner les esprits indépendamment des processus électoraux, tracer son chemin au rythme de sa propre construction. Les élus ne seront pas, ne pourrons pas être les leaders de cette pensée, car leur instinct de survie conduit a une déviation permanente de leur conduite.

Certes, les citoyens doivent tous participer à l’élaboration de ce projet de société, mais comment organiser un tel chantier, qui fera les arbitrages et qui établira la hiérarchie et de quel droit, selon quelles modalités ?
C’est en parti dans ce questionnement originel que l’immobilisme intellectuel trouve sa source.
La résolution de cette problématique et la clarification des modalités pratiques et des règles d’organisation de ce vaste chantier intellectuel est donc une première étape indispensable pour assurer une participation massive et plurielle des citoyens.

Plusieurs approches pourraient être combinées pour surmonter l’inertie initiale ;

- Réunir autour des axes principaux devant former l’ADN de la nouvelle société des nucléus intellectuels (petits groupes très actifs) fonctionnant sur le mode « Club de Rome »et capable de concevoir et de formuler des fondements et des orientations permettant à un nombre plus grand de contribuer en adhérant aux mêmes principes.

- Développer à partir des éléments primordiaux définis au terme d’une première étape dans un manifeste de référence, une dialectique fractale capable d’associer un nombre toujours croissant de contributeurs au développement du projet et de déployer la construction de ce projet dans toutes les composantes politique/sociale/économique/ethique/legislative/constitutionnelles/spirituelle/morale

- Etablir en cercle restreint de personnes le cadre et les conditions qui permettront la création d’un réseau, d’une toile de réflexion s’appuyant sur internet par exemple en intégrant un grand nombre d’intervenant de manière à incrémenter massivement le projet en rentrant progressivement dans le détail pour chaque secteur de la société en construction.(sur le mode de conception du système d’exploitation LINUX alternatif a Windows )

L’impulsion initiale doit et peut donc être donnée par un groupe de personnes politiquement conscientes et mobilisées travaillant à une même ambition ; poser les fondations d’un système de construction d’une nouvelle pensée politique basée sur une visée commune qui aura été décrite au stade primordial dans un manifeste.
Je suis certain en écrivant ces lignes que certains y verront l’influence de tel ou tel courant de pensée partisane, mais la force des constats nous rappelle tous à notre devoir d’humanité, dans ce cadre chacun doit être prêt à s’engager sans réserve et sans préjuger de ce que l’avenir d’une telle démarche nous réservera.

Yves COTTEN
(pour réagir à cette réflexion et ouvrir un débat / yves.espaignet@wanadoo.fr)